Un Espagnol flamboyant

Reverte1Arturo Pérez-Reverte

Un nom découvert au gré de l’inspection nonchalante des rayons d’une librairie, mon nez de lectrice compulsive au vent en quête de nouveauté.

J’avoue humblement  à ce moment ne pas le connaître du tout, mais le sujet du livre que j’ai entre les mains m’intéresse, passion familiale oblige : la traque par une historienne de l’art urbain de Sniper, le roi des graffeurs espagnols.

Franc-tireurC’est La patience du Franc-tireur. De Madrid à Lisbonne, de Vérone à Naples, Alejandra le traque sans répit et au péril de sa  vie, ce Sniper. Le récit se transforme en thriller à la lecture ; ce n’était pas l’essentiel pour moi, mais bien  la découverte artistique et sociétale du Street-art, la vraie guérilla urbaine qu’elle engendre, suintant l’adrénaline et la rébellion. Rites et rixes à l’assaut de la ville. J’ai lu un chouette livre et j’ai appris bien des choses au fil des pages! Ce Pérez-Reverte me plaît décidément beaucoup. Premier contact réussi.

Né en 1951, licencié en Sciences politiques et en journalisme, Arturo Pérez-Reverte a travaillé longtempsArturo_Pérez-Reverte comme grand reporter et correspondant de guerre pour la télévision espagnole, sur tous les conflits de la seconde moitié du 20ème siècle. À la fin des années 90, il se reconvertit en romancier avec des succès mondiaux. Plusieurs de sa vingtaine de romans ont été portés à l’écran. Élément important pour la suite: il est membre de la Real Academia de Letras d’Espagne.

Il m’a charmée, cet homme, et j’ai donc encore bien des lectures futures pour perpétuer le plaisir. Que j’aime cette sensation de rendez-vous à venir!

Cela n’a pas tardé. Une nouvelle flânerie dans mon lieu de perdition préféré et sous mes yeux, un objet de convoitise irrésistible à la lecture du résumé-apéritif…

deux hommesDeux hommes de bien, un merveilleux roman historique mais pas que. Vous allez voir.

Comme le disent les critiques littéraires, Pérez-Reverte considère ses lecteurs comme des gens intelligents. Et nous, les lecteurs en question, on apprend, on savoure, on jubile au rythme d’une véritable saga qui exalte aussi le sentiment d’amitié.

L’Académie royale d’Espagne (à laquelle appartient aujourd’hui Reverte comme dit précédemment) demande à deux de ses membres d’aller à Paris, à la veille de la Révolution française, se procurer la première édition de l’’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Ces « Deux hommes de bien » : le bibliothécaire Hermogenes Molina et l’amiral don Pedro Zarate.

Ils vont donc entreprendre le périlleux voyage de Madrid à Paris en diligence. Les aléas et les lenteurs du voyage vont faire naître une véritable amitié entre ces deux personnages fort dissemblables : le bibliothécaire est érudit et pratiquant ; le marin, bel homme un peu désabusé et libre-penseur (je lui trouve un lien de parenté avec Corto Maltese…). La quête périlleuse de cette fameuse première édition en 28 volumes de l’Encyclopédie  va nous conduire dans un récit digne d’Alexandre Dumas avec d’ innombrables rebondissements. Et également du côté de Jean-François Parrot, avec son héros Nicolas Le Floch, pour la documentation précise de l’époque et de Paris à la fin du règne de Louis XVI.  On est immergé dans la Grande Histoire par le petit bout de la lorgnette.

Mais ce n’est pas tout.

L’auteur intervient dans le roman. Il nous explique son travail de recherche, de réflexion et d’écriture. On assiste alors à la création des éléments de l’histoire et du décor. On fouille avec lui dans les témoignages d’époque, on consulte les vieux plans de Paris, on décortique les gravures des rues… C’est semblable à la « petite cuisine » d’un réalisateur de cinéma qui part à la recherche des paysages, des lieux les plus parlants pour son film…

Bref, ce livre réussit le parfait grand écart : il nous divertit sur une époque historique foisonnante (et pas si différente de la nôtre par ses révoltes qui grondent, ses classes sociales qui s’ignorent, les riches très riches et les pauvres très pauvres, la faiblesse du pouvoir politique, la dette de l’état, le bling-bling, les agitateurs brassant dangereusement le mécontentement…)  tout en nous instruisant sur le métier de romancier. Que du plaisir intelligent!

Alors, vous vous en doutez, un seul conseil : embarquez dans la diligence de nos deux hidalgos et vivez avec eux leur rocambolesque aventure humaniste. L’Histoire prend une tout autre saveur avec ces deux hommes de bien!

Quant à moi, je continue la découverte de cet écrivain qui, décidément, me plaît!

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Voir Rome…

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Depuis le 25 avril jusqu’au 26 août se tient au musée de le Boverie à Liège l’exposition « Viva Roma! » (en partenariat avec le Louvre-Paris), développant en près de 150 tableaux la fascination qu’eurent les artistes du nord pour la Ville Éternelle.

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Corot, Le Tibre et le Château Saint-Ange

De tout temps (du 16ème siècle – Lambert Lombard avait été envoyé à Rome par le prince-évêque Érard de la Marck – à aujourd’hui), cette ville singulière émeut les artistes du Nord qui y séjournent. Certains finançaient leur voyage par leurs propres deniers (les Suisses, les Danois…), d’autres étaient accueillis à la Villa Médicis (les Français) ou par la Fondation Darchis (les Belges).
Après un long voyage parfois périlleux, ils découvraient enfin la ville dont ils avaient rêvé en feuilletant les premiers guides touristiques et les recueils de gravures. Ils y arrivaient la plupart du temps à la fin de l’automne, s’installaient et nouaient des contacts avec les autres artistes pendant l’hiver et dès le printemps partaient, cahier de croquis à la main, à l’assaut de la ville, réservant les escapades dans la campagne romaine pour les chaudes journées d’été. Ce n’était guère du tourisme car ceux qui vivaient sur leurs deniers propres devaient absolument produire et vendre pour s’autofinancer ; ceux qui étaient envoyés par des institutions avaient l’obligation de résultats probants.
Ci-dessous, Alexis-Nicolas Noël, Le col du Grand Saint-Bernard ; Charles Gleyre, Les brigands romains

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Comme les touristes d’aujourd’hui, tous ces peintres sont immanquablement attirés par les vues et les monuments célèbres maintes fois traités par leurs aînés : le Colisée, le Forum, la pyramide Cestius… Et c’est ce qui peut décontenancer le visiteur de l’expo et quelquefois le lasser: il a l’impression de toujours voir la même chose, sans grande originalité de style, d’autant qu’il s’agit souvent de la production de jeunesse des artistes…
Ci dessous, le dieu Mercure (fresque de Raphaël à la Villa Farnesina) et sa copie par Ingres.

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Pour trouver un réel intérêt à cette exposition, il ne faut pas déambuler en espérant être foudroyé par l’émotion devant un tableau. Il faut la découvrir en respectant les différentes sections proposées: « Découvrir l’Antiquité » ; « Copier la Renaissance » ; « Rome la catholique » ; « Les brigands, phénomène artistique » ; « L’obsession du Forum » ; « Le creuset de la Villa Médicis » ; « Le peuple de Rome » ; « La lumière de Rome » ; « L’excursion napolitaine ». Mieux encore: s’offrir une visite guidée, ce que nous avions fait.

Alors la visite devient une aventure passionnante.

On s’identifie à ce jeune artiste du nord qui voit son rêve enfin se réaliser : il débarque après un voyage éprouvant, grisé par la lumière, le ciel bleu et les beautés environnantes qu’il a maintes fois contemplées  sur des gravures et qui sont là, enfin bien réelles. Il doit s’intégrer à la communauté  de peintres de son pays pour y trouver soutien et émulation, il découvre des coutumes, des odeurs, des costumes, des gens bien différents de ceux qu’il a toujours connus. Il doit travailler, il n’est pas là pour le farniente. Et s’il le peut, il trace jusqu’à Naples, le Vésuve et les ruines de Pompéi. Quels chocs émotionnels!

Personnellement, j’ai eu trois coups de cœur.

Tout d’abord, les Capricci.
Sortes de « cartes postales » très prisées des touristes sur lesquelles l’artiste va rassembler différents monuments célèbres, souvent très éloignés les uns des autres dans la réalité. Le spécialiste en était Giovanni Paolo Panini (1691-1765) qui fait figurer la pyramide Cestius au milieu du forum alors qu’elle se trouve le long de la Via Appia en dehors de la ville. On y représente également des ruines imaginaires, flattant ainsi la fascination des Anglais pour ces lieux. Ici Les Découvreurs d’antiques d’ Hubert Robert (1733-1808)

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Mon deuxième coup de cœur est Guillaume Bodinier (1795-1872)
La Paysanne de Frascati au confessionnal par le motif inversé du buste et de la jupe captive la vue tout comme les dessins préparatoires dignes d’un architecte. Je suis également restée subjuguée par la modernité d’Un Garçon sur la plage

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Mon troisième coup de cœur, et une totale découverte: Gilles-François Closson (1796-1842). Liégeois d’origine, il part en Italie grâce à la Fondation Darchis. Il réalise environ 600 œuvres, d’étonnant travaux préparatoires à l’huile sur papier retranscrits ensuite sur toile. Lors de la création de l’Académie des Beaux-Arts de Liège, il en devient le professeur et directeur. Il abandonne alors toute production personnelle pour se consacrer à son rôle de pédagogue. À sa mort, sa veuve lègue une grande partie de son œuvre au Musée des Beaux-Arts de Liège. Celle-ci sera conservée, vu sa fragilité au Cabinet des Estampes et aujourd’hui dans la galerie noire du Musée de la Boverie, avec une rotation des travaux exposés. Ce qui est fascinant chez cet artiste, c’est notamment l’art de la perspective. Notons que certains de ses tableaux ont été acquis par le Metropolitan Museum et le Getty Museum.

Vues du Colisée et cascades dans la campagne romaine

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Dans cette visite guidée, nous n’étions que des femmes et nous nous sommes étonnées qu’elles ne soient représentées, dans cette exposition, que par Louise Sarazin de Belmont . La réalité est que pour pouvoir profiter d’une bourse de l’État français à la Villa Médicis ou de la Fondation Darchis, il fallait sortir d’un établissement d’enseignement, lieu alors interdit aux femmes. Les seules à avoir pu découvrir l’Italie en tant qu’artistes étaient celles qui accompagnaient leur mari…
De même on peut s’étonner de l’absence de sculptures. Quelques copies en plâtre venant de Bruxelles agrémentent la scénographie, d’ailleurs très sobre mais très réussie.

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Pour le côté pratique…
Prévoyez une petite laine car il fait très froid dans les salles. Ensuite n’espérez pas pouvoir faire des photos, c’est interdit. Je me suis fait copieusement rabrouer (à la limite de la politesse) par un garde tout imbu de l’autorité que lui conférait sa chemise d’uniforme… J’aurais dû voir le petit pictogramme situé à la droite du pupitre marquant l’entrée de l’expo. Faisant partie d’un groupe, sans doute quelqu’un me l’a-t-il caché. Mesure très bizarre quand on pense qu’à Orsay, à l’Orangerie, au Louvre-Lens, au musée de Lille, au musée du Cinquantenaire pour ne citer que les musées que j’ai visités récemment, il est tout à fait autorisé de faire des photos sans flash.
Ceci est d’autant plus frustrant qu’il n’existe pas de cartes postales des œuvres présentées. Il y a bien un catalogue, véritable livre d’art, mais qui coûte 34€ et une petite brochure sur la Fondation Darchis à 5€. On peut aussi acheter l’affiche… La charmante demoiselle qui tient la superbe librairie du musée nous a expliqué qu’il n’y avait pas d’équivalent belge aux revues « Connaissance des arts », Beaux-Arts » etc… présentant pour un prix modique un résumé fort bien fait et les reproductions des œuvres maîtresses de l’expo. Certes, mais pourquoi alors ne pas permettre au visiteur d’emporter ses propres souvenirs? Il y a pléthore de gardes dans cette expo qui passent leur temps à pianoter sur leur Smartphone. Ils pourraient avantageusement surveiller afin que les visiteurs n’utilisent pas de flash, non? J’ai fait part de cette remarque sur la page Facebook du musée. On m’a gentiment répondu ce matin qu’on transmettait…

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Pour finir sur une note plus agréable, nous sommes tombées en pâmoison devant ce beau romantique ténébreux… Sur Internet, il est répertorié comme un auto-portrait de Léon Cogniet. À l’expo, il est présenté comme le portait d’Achille Etna Michallon par Léon Cogniet
Et comme nous avions un peu froid, nous nous sommes réchauffées devant L’Éruption du Vésuve de Volayre (dans la section « excursion napolitaine »).

 

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Note du 28 mai 2018: Une amie de Facebook me fait savoir que depuis ce week-end, les photos sont autorisées… Bravo! 

Nouveau départ

Bonjour à tous! Proximus ayant décidé de fermer fin de ce mois sa plate-forme Skynetblogs, il m’a fallu migrer vers d’autres cieux. J’espère pouvoir importer le contenu de mon précédent blog ici. Mais pour l’instant, je suis dans une impasse, j’attends de l’aide.

Qu’importe, je tente de dompter mon nouvel outil pour très rapidement pouvoir vous proposer quelques posts sympas et surtout en discuter avec vous.

Bon vent donc à nous tous !

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Liège et son tsar

Des travaux à la place Saint-Lambert (!) m’ont obligée il y a quelques jours à rejoindre le centre de Liège à pied et m’ont permis de faire ainsi une étonnante découverte. Une grande statue trônait là où je n’en avais jamais vu aucune et l’identité du personnage représenté me laissa pantoise : Pierre le Grand.

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Pierre le Grand? Le Tsar de toutes les Russies? Le fondateur de Saint-Pétersbourg? À  Liège il y a 300 ans?

Le célèbre « Oufti! »  s’imposa à mon esprit titillé de curiosité et déclencha une furieuse envie d’en savoir plus.

Voyons donc!

Dans le souci de moderniser son empire, Pierre le Grand entreprit deux immenses voyages en Europe occidentale.

Le premier, en 1697, lui fit découvrir notamment la France (où il fut snobé par Louis XIV, le considérant à la tête d’un pays d’arriérés de peu d’intérêt) et la Hollande où il s’intéressa à la construction navale.  Il dut l’écourter, une révolte s’étant déclenchée en Russie.

Il revint en 1717. Ce périple le mena cette fois dans toute l’Europe. En France, il est accueilli par Louis XV enfant à Versailles et Marly, dont il découvre l’architecture et la fameuse machine de Rennequin Sualem. Il s’en inspirera pour son palais de Peterhof. Les riches Provinces-Unies l’intéressent ; pour les rejoindre, il descend donc la Meuse et arrive à Liège le 27 juin. Il est fêté au Palais des Princes-Évêques où il dîne puis part souper place Verte en admirant un feu d’artifice.

Pierre le  Grand a beau être une force de la nature (il mesure plus de 2 m), la fatigue et les excès en tous genres lui causent des problèmes gastriques et biliaires. Son médecin lui conseille alors de partir prendre les eaux à Spa.

Les bienfaits des eaux de Spa sont connus depuis l’antiquité et Pline le Jeune. Mais c’est la venue du tsar qui va déclencher la réputation mondiale de la ville et sa prospérité en tant que station thermale. Et ce, jusqu’à nos jours, puisque sa dénomination est devenue, sous l’influence des Anglais, un nom commun.

En 1717, il n’est pas encore question de se baigner. On ne fait que boire l’eau ferrugineuse soit au Pouhon, soit à la source de la Géronstère. Toujours excessif, Pierre le Grand y boit souvent plus de 20 verres et redescend ensuite à pied au centre-ville. Il y reste un bon mois, randonnant, festoyant, faisant connaissance avec la population et s’intéressant à l’artisanat local.  Le tsar se promène toujours avec en mains, un petit carnet dans lequel il note tout ce qui lui semble digne d’intérêt… Le traitement lui fait recouvrer la santé, une plaque qu’il fait graver en atteste. Spa lui en sait gré à jamais : le Pouhon, la place attenante et la promenade vers la Géronstère portent désormais son nom.

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Après le séjour bénéfique du tsar de toutes les Russies, Spa devint donc à la mode. On se presse du monde entier pour venir y prendre les eaux, puis y faire des cures thermales. Le chemin de fer accroît la fréquentation ; on y fait construire de superbes hôtels, un casino, des villas modernes… Une vie mondaine se développe.

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On peut voir sur les murs du Pouhon le fameux Livre d’or d’Antoine Fontaine, un tableau de presque 100 mètres de long dans lequel cohabitent de façon anachronique 92 illustres visiteurs.

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Notons, pour être complet, que pour fêter dignement le tricentenaire de la fameuse visite, le Pouhon a bénéficié d’une très belle rénovation, transformant notamment le grand jardin d’hiver en un superbe espace culturel. Le classement au patrimoine de l’Unesco est attendu.

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D’autres infos bien intéressantes ici:

http://www.villedespa.be/ma-ville/services-communaux/cadre-de-vie/travaux/brochurepouhon-ppl-basdef.pdf

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Revenons à Liège qui voulait, elle aussi, commémorer ce fameux tricentenaire de la traversée de la Principauté et le bref séjour dans sa capitale de l’illustre personnage.

1-1200-800-nc.jpgOn festoya donc comme on sait le faire à Liège et puis on érigea en juin dernier la sculpture de l’artiste Alexandre Taratynov, haute de 2 mètres 40 en présence des trois ambassadeurs russes en Belgique ainsi que du descendant direct de l’empereur le Grand-Duc Georges Romanoff et de la Comtesse Marina Tolstoy.

Mais où, me demanderez-vous, où?

À l’emplacement des anciens degrés Saint-Pierre devenus aujourd’hui la rue Saint-Pierre, en face du Palais des Princes-Évêques, à l’entrée de la passerelle de la Principauté de Liège et à deux doigts de la maison natale de César Franck (tous lieux symboliques!) Voyez plutôt. Elle est là sur la droite…

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 Avançons-nous, la voici de plus près!

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Événement certes anecdotique mais qui permit à Spa de conquérir à jamais sa notoriété, et à Liège et sa Principauté d’être traversée et d’avoir accueilli un souverain en quête de modernité.

Et puis, une nouvelle statue à Liège, ce n’est pas si fréquent!

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Vodka à la rose

38038261.jpgC’est un petit village côtier du pays de Caux. Traversé par le plus court fleuve de France (1100m) qui lui assura une certaine prospérité grâce aux moulins à huile de colza : Veules-les-Roses.

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Avec le chemin de fer depuis Paris et la découverte des plaisirs marins, le village se transforme après 1850 en station balnéaire à la mode, d’autant que Victor Hugo et ses amis de théâtre s’en sont entiché. Le grand homme se fait même bienfaiteur auprès des enfants.

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Veules-les-Roses succombe alors à la « Hugomania ». Il y a notamment la promenade, la villa, un grand monument portant son nom. Aujourd’hui, Michel Bussi situe la première nouvelle de son recueil « T’en souviens-tu, mon Anaïs? » dans ce vrai déferlement.

Reconnu parmi « Les plus beaux villages de France », Veules-les-Roses sait mettre en avant tous ses charmes : la plage, les falaises, les fleurs omniprésentes et des canaux qui la font surnommer « la Venise de Normandie »…

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Mais Veules-les-Roses a connu une autre grande aventure au XIXème siècle, redécouverte il y a peu : les Russes y débarquèrent. Peintres Ambulants et Académiques s’y retrouvèrent pour une double aventure picturale proche du mouvement impressionniste.

Qui sont-ils?

Les Indépendants Russes Ambulants

Rappelons-nous qu’en France aux alentours des années 1860, le mouvement des peintres impressionnistes avait eu bien du mal à percer en marge du Salon officiel. Il avait fallu le coup de pouce de Napoléon III lui-même pour créer le fameux Salon des Refusés où exposèrent notamment en 1863 Pissarro, Manet, Fantin-Latour, Jonkind puis en 1864, Monet, Renoir Bazille, Sisley…

Exactement à la même époque en Russie, le peintre Nicolaï Lanskoï et treize de ses camarades avaient refusé de traiter le sujet du concours final de l’Académie de Saint-Pétersbourg qu’ils jugeaient trop académique. Ils renonçaient ainsi à la possibilité du prix et de commandes officielles. Pour assurer leur indépendance économique et leur promotion, ces peintres fondent l’Artel, société coopérative des peintres indépendants. Leurs œuvres sont bien accueillies par la société russe, notamment par le riche marchand collectionneur Trétiakov, et la plupart connaîtront alors la réussite économique et sociale.

Les Indépendants Russes partagent avec leurs camarades français le désir de faire sortir la peinture de l’académisme et de l’atelier pour cueillir en plein air, sur de petits formats, le motif vrai, vivant et naturel ; ce que permettent les nouvelles peintures à l’huile, ainsi que le développement des chemins de fer. Ils reviendront progressivement à des valeurs proprement russes, plutôt qu’occidentales.

Pour diffuser leur production, ils fondent une Société des Expositions Itinérantes, ou Ambulantes, dont la vocation est d’organiser une rétrospective de leur production annuelle, qui tourne dans les principales villes de l’Empire de Russie. Cette organisation se maintiendra jusqu’après la révolution bolchevique, et concernera des millions de visiteurs au total. Les peintres prendront alors le nom d’Ambulants ou Itinérants.

Les Russes académiques

De leur côté, les Peintres Académiques qui suivaient les études supérieures de l’académie de Saint-Pétersbourg pouvaient, s’ils remportaient un premier prix et une grande médaille d’or (six par an), utiliser une bourse d’étude pour 5 ans de perfectionnement à l’étranger. Ils se rendaient le plus souvent à Rome.  À partir des années 1860, ils choisirent plutôt Paris devenue Ville Lumière et siège d’une grande communauté russe.

En 1868, Eugène Isabey, de l’École de Barbizon et spécialiste de marines, conseille à ses étudiants russes d’aller passer leurs vacances d’été au bord de la mer, en Normandie. Plus précisément dans une petite station devenue la coqueluche des artistes dramatiques parisiens dont Victor Hugo: Veules-les- Roses…

Le premier à s’y rendre est Bogolioubov. Enthousiaste, il  entraîne quatre de ses camarades.

Ce sera le début d’une véritable école russe de plein-air où vont se retrouver peintres Académiques et Ambulants : Polenov, Harlamov, Savitski, Goun, Repine, Levitan … tous venus travailler en Normandie jusqu’en 1914.

Quelques peintres et leurs chefs-d’oeuvre normands

Alexis Bogolioubov (1824-1896)

bogoliubov-veules.jpgIl est le premier à découvrir Veules en 1857, il est enthousiasmé, et la Normandie devient sa région préférée. En 1870 il fonde et devient président de l’association d’entraide et de bienfaisance des jeunes peintres boursiers russes.  A partir de 1874, il conduit ses propres protégés à Veules, c’est ainsi qu’une quinzaine de jeunes peintres partirent découvrir la méthode privilégiant le plein air, la nature et les scènes de la vie quotidienne.

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Vassili Polenov (1844-1927)

1cdb9d554b1b1a14c3ae1b72ccd71816.jpgSa carrière est fortement influencée par le séjour organisé par Bogolioubov. Se croyant d’abord peintre d’histoire, il découvre à Veules sa vraie vocation de peintre de paysages.

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Ilya Repine (1844-1930)

Excellent dans tous les genres, Répine déclare dans sa correspondance avoir reçu à Veules en 1874 « sa troisième leçon de peinture » après l’Ukraine et la Volga…

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Alexis Kharlamov (1842-1925)

Portraitiste de formation, Kharlamov possédera une résidence secondaire à Veules, la Sauvagère. La commune de Veules détient un original de sa main, exposé salle des mariages : Chaumière dans la cavée du Renard, à Veules.

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Toutes les oeuvres de cette époque furent ensuite dispersées en Russie. Et c’est au hasard de voyages individuels que certains de ces tableaux ont été redécouverts. Tout un travail de recherche est alors initié pour les localiser, les inventorier. Depuis quelques années, des livres et des expositions cherchent à reconstituer cette étonnante aventure.

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À feuilleter sans attendre pour découvrir bien d’autres tableaux!

 http://statics.pointdevues.com/flipbook/russes/index.html

Étonnant!

Si les Russes s’installèrent à Veules-les-Roses, à Giverny Monet fut entouré par des peintres impressionnistes américains dont certains s’installèrent définitivement et formèrent une colonie à l’inspiration très originale basée sur la vie quotidienne et la place de la femme. L’aventure s’acheva également avec la Première Guerre mondiale.

Pour en revenir à Veules-les-Roses dans une époque plus proche de nous :

prisonniers-veules.gifEn 1940, malgré l’absence de port, Veules vit s’embarquer 3000 soldats britanniques et français qui avaient résisté à l’invasion de la France par les Allemands. Beaucoup ne durent leur salut qu’en descendant les falaises d’amont avec des moyens de fortune. En suivit une bataille sanglante, son front de mer fut détruit ainsi que son casino et ses villas (35 maisons sont anéanties le même jour). La « Kommandantur » s’installa à Veules pendant quatre ans, pillant et saccageant d’autres maisons.

 Aujourd’hui, juste l’envie de les découvrir, elle et son riche passé!

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Wien, Wien nur du allein !

En toile de fond: la mythique Vienne toujours impériale au début du XXème siècle.

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En toile de fond, mais de quoi?

D’une série de polars historiques dans lesquels le médecin psychiatre Max Liebermann et l’inspecteur de police Oskar Rheinhardt, amis dans la vie, tentent d’élucider de nombreux crimes horribles et à prime abord inexplicables. La perspicacité bon enfant de l’inspecteur et la mise en pratique par le médecin des toutes nouvelles théories psychanalytiques de Freud vont faire merveille au cours d’enquêtes haletantes, sordides, étonnantes, parfois hallucinées et sanglantes.

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L’auteur Frank Tallis déroule ces histoires dans une reconstitution historique impeccable. On retrouve ici toute la minutie des détails, la recréation d’une atmosphère, la vie quotidienne qui me font tant aimer les Enquêtes de Nicolas Le Floch imaginées par Jean-François Parot dans le Paris de la fin du règne de Louis XV et celui de Louis XVI.

Tout s’y trouve effectivement.

Les intellectuels décontenancés ou enragés par les théories de Freud, qu’on rencontre dans son bureau derrière la fumée de ses célèbres cigares…

Les cafés et restaurants viennois : L’inspecteur est un incorrigible gourmand succombant à toutes sortes de pâtisseries alléchantes; le médecin, un grand amateur de cafés en tous genres et souvent améliorés…

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La géographie de la ville, les fiacres, les tramways, les beaux quartiers, la banlieue sinistre, les alentours boisés, le Belvédère, le Prater, la Grande roue. Sa météo changeante, ses hivers sibériens, ses étés orageux…

La musique : Max fréquente l’opéra, Oskar aime les bals et la valse. Max est bon pianiste, Oskar a une jolie voix de baryton et une fois par semaine, ils se font une soirée musicale découvrant ensemble les lieder de Schubert, de Wolf, de Brahms, de Mahler. La vie musicale est agitée par la présence de Gustav Mahler justement, génial compositeur, chef d’orchestre et un directeur de l’opéra flamboyant et haï. Schönberg frappe aussi à la porte.

Les beaux-arts : Max visite volontiers le Palais d’exposition de la Sécession et y admire les œuvres de Klimt.

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Les codes de la société, la politesse, les mœurs, les velléités de certaines femmes intellectuelles de s’extraire de leur condition en fréquentant l’université, la révolte en douceur de Max contre les coutumes et traditions de sa famille juive.

La Franc-maçonnerie, la société moderne en devenir qui étouffe sous l’étiquette et les ors de l’empire austro-hongrois, les révoltes des peuples conquis aux frontières lointaines, l’espionnage et les attentats des indépendantistes hongrois, tchèques ou polonais, les pangermanistes se saoulant de Wagner…

L’anti-sémitisme banalisé et rampant qui gronde partout et annonce les drames futurs et la folie du petit caporal moustachu.

610FLb-ZAJL._UX250_.jpgAvec un style alerte, une bonne dose d’humour noir et une construction romanesque efficace, Frank Tallis nous immerge dans un monde au bord de l’explosion, « qui danse sur un volcan » mais qui fascine par son bouillonnement intellectuel et artistique, et sa frivolité vénéneuse.

J’ai personnellement dévoré les trois premiers tomes. Arrivée au milieu de la série, j’ai décidé de me mettre en attente, ne voulant pas brusquer le moment où il faudrait dire adieu à ces personnages attachants.

Frank Tallis avait en effet décidé de se consacrer à la littérature fantastique.

Mais bonne nouvelle ! En cherchant quelques informations pour rédiger cette chronique, j’ai appris qu’un septième9781681776439.jpg tome allait paraître en anglais au printemps 2018. Le titre est alléchant!

Bonne découverte à ceux qui feront le voyage littéraire dans la Mitteleuropa!

 

Sous les tilleuls beethovéniens

Juste un petit billet d’humeur inspiré par Berlin et par Ludwig van B.

Il y a 17 ans, je découvrais Berlin. Pour un très court séjour avec mes élèves. Ils concouraient au Mondial de la Coiffure qui se tenait cette année-là dans la capitale allemande.

Nous étions tous très excités. Les élèves, par la perspective du concours et nous, leurs professeurs par Berlin.

Berlin en l’an 2000, c’était encore un peu exotique. Les stigmates du Mur et de la partition étaient toujours très visibles. Nous avions, nous les profs quadras enfants de la Guerre Froide, encore dans les yeux les images incroyables de la réunification pacifique en visitant la Porte de Brandebourg et le Check-Point Charlie. Nous marchions au devant de ce que nous considérions encore comme un miracle. Lors de notre visite à la porte de Brandebourg, il y avait une kermesse bon enfant avec ballons et petit drink sympa pour fêter les 10 ans de la Réunification. Nous y avions ri et trinqué au bonheur retrouvé et à la fraternité des peuples. Un an plus tard, c’était le 11 septembre. Que ce temps euphorique me paraît lointain…

À vrai dire, j’y pense à chaque début d’octobre car ce fut un voyage très dense, inoubliable avec une amie si chère qui nous a tragiquement quittés depuis… Nous étions les meilleurs supporters de nos élèves et nous nous en occupions 24 heures sur 24 comme toujours lors d’un voyage scolaire de plusieurs jours  pendant lequel il faut gérer les nuits entre garçons et filles, les bobos plus ou moins importants, les vagues à l’âme de ceux qui n’ont pas souvent ou jamais quitté le cocon familial… Dans ce genre de voyage, mes collègues me savaient dévouée corps et âme à la cause mais ils savaient aussi que comme à Paris, j’aurais besoin d’un petit sas de décompression culturelle. Ils avaient donc fait en sorte que je puisse m’échapper quelques heures pour aller flâner sur Unter den Linden et revenir vers la Philharmonie. Sur Unter den Linden, après avoir admiré l’opéra, j’étais entrée chez un disquaire à perdre son âme et j’y avais acheté Fidelio dirigé par Barenboim, c’était comme une offrande à la paix qu’on croyait à jamais revenue. À la Philharmonie, j’avais été prise d’une euphorie à l’ombre de Karajan et de la découverte d’un bâtiment d’une modernité incroyable qui avait bercé mon enfance… J’étais revenue à pied par les canaux et les parcs vers l’auberge de jeunesse très monastique où nous logions. Pas d’alcool, nous avait-on précisé. L’une d’entre nous avait prévu de petites doses de Porto cachées dans les boîtes de films argentiques qu’on trimbalait encore à l’époque, et que cela nous réconfortait une fois que toutes nos ouailles étaient enfin consolées et couchées! 

Tous ces merveilleux souvenirs ont été ravivés cet après-midi par le concert retransmis en direct sur le site Internet d’ARTE pour la réouverture du Staatsoper Berlin Unter den Linden après une très longue rénovation.

Écouter la 9ème Symphonie de Beethoven en ces lieux, c’est sans doute plus qu’ailleurs comme une étrange émotion qui prend aux tripes.

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 Et sans doute ce que Beethoven aurait aimé plus que tout, le partage et la tendresse!

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Toutes ces photos prises à la volée et ce si beau concert sur ma tv grâce à un simple câble HDMI ! Merci, la technique!

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Cet après-midi, l’esprit de Beethoven flottait dans le parfum des tilleuls! Avec quel bonheur!

Les chanteurs: René Pape, Burkhard Fritz, Okka von der Damerau, Diana Damrau

Daniel Barenboim – Berliner Staatskapelle 

https://www.staatsoper-berlin.de/de/spielplan/praeludium